jeudi 25 septembre 2008

Le journal d'Anthony Eaton



Autant que vous le sachiez, Lady R. a un petit faible pour ce chanteur qui proposa, souvenez-vous en : "On s’était dit rendez-vous dans dix ans, même jour, même heure, mêmes pommes, on verra quand…etc.", chanteur dont elle se procure par ailleurs tout à fait discrètement les œuvres. Si. Alors voilà, l’école, les copains, nos bobines d’alors,… c’est un peu tout cela qui me vient à l’esprit lorsque je lui fais parvenir, il y a quelques jours, une photo de classe qui me voit apparaître dans la fraîcheur de mes huit ans. Je me dis : Anthony, mon petit vieux, voici qui va certainement l’attendrir. Délai de quelques minutes. Lady R. m’appelle (elle adore jouer), me dit qu’elle ne m’identifie pas, hésite, soliloque, puis se lance et me confond avec un type que je n’aimais pas du tout ; elle déclare enfin forfait. Je lui indique ma position et elle s’exclame : "Quoi ? La crevette-là ?". Dans la foulée, elle précise sa pensée : "La petite crevette rose ?". A ce stade, je me rends à l’évidence, Lady R. ricane. Si. Crevette ? De 1926 à 1934, Francis Ponge compose La crevette dans tous ses états. Il en parle comme d’un petit animal qu’il importe sans doute moins de nommer d’abord que d’évoquer avec précaution. A le lire, c’est évident : il a beaucoup tendresse pour ces fragiles virgules des mers… Ce qui m’amène à la question suivante : devrais-je conseiller, voire offrir, tout Ponge à Lady R. ? Peut être en l'amenant comme suit : Je sais bien que je l’ai trop dit, mais je le dis quand même : poèmes.

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