jeudi 9 octobre 2008

Le journal d'Anthony Eaton



Encore aux études, je pratiquais souvent le fond de classe. La périphérie des matières enseignées. Vous savez : prendre son guet à juste distance du tableau noir, dériver du regard, bavasser alentour, rêvasser ; ne surtout rien écouter… parfois : abandonner quelques mémoires fragiles à la postérité, muni d’un crayon à la pointe grasse : Ceci Is Not Dead, No Cela, et ainsi de la pertinence des messages laissés… Des années plus tard, au détour d’une conférence, alors que Lady R. venait juste de renverser son sac dans un chaos riche de formes et de couleurs, alors que j'avais proposé de l’aider à rassembler les objets épars et qu’elle avait un peu rougi en disant "Non, non, merci, ça va", les premiers flocons étaient apparus au-delà des vitres sales, et, en quelques paroles, une petite bulle fictionnelle avait cristallisé… Cette bulle, j’aurais pu l’accompagner d’un haïku, et confier celui-ci à la tablette gris-pâle qui me faisait face. Peut être l’ai-je fait, d’ailleurs. Peut être y est-il toujours. A ceux qui le trouveraient, il pourrait tout au plus offrir sa petite ritournelle, ne se livrant pas autrement ; comme l’écrivait Mallarmé dans ses Divagations, ce haïku leur viendrait avec le rien de mystère, indispensable, qui demeure, exprimé, quelque peu.

La neige comme frigolite
Et ce fou rire tempête
Nous fûmes plusieurs à fondre

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