jeudi 23 octobre 2008

Le journal d'Anthony Eaton



Que je vous parle de Roger. Roger, c’est le gars qui arrive dans un groupe et balance "Ca va les p’tits mecs ?", accompagnant la question d’un léger remonté de la narine gauche et d’une torsion subséquente des lèvres. J’écris "léger" car les Eaton sont, par lignée, modérés. Une mimique, donc, qui n’est pas sans rappeler le Bourvil du Corniaud lorsqu’il crâne au téléphone, énonçant : "Pas d’or dans le pare-choc, pas de chnouf dans les ailes". Voilà pour le physique. Pour le reste, difficile de proposer un commentaire objectif sur Roger ; nous avons peu échangé au final. Plutôt : vous vous souvenez du billet sur les lagrangiens ? Et bien Roger est, en quelque sorte, l’anti-Paca. Là où Paca produit calculs savants et précautions subtiles, Roger va à l’essentiel ; on a ainsi pu entendre Roger dire "Moi je pense que les mecs en ont marre et ont juste envie de revendre pour se barrer aux Bahamas avec la thune" pour commenter un processus complexe d’acquisition de société. Enfin, il ne faudrait pas s’y méprendre : le Roger dont je vous parle a toute ma reconnaissance. Nous étions en réunion, Lady R., Paca, Roger et moi, occupés par de sombres questions de santé financière, à discuter des diagnostiques appropriés. Si. Enthousiasme en berne, dès les premiers chiffres. A un moment, allez savoir pourquoi, Roger avait décidé de prendre les choses en main et, singulièrement, moi, comme relais de sa dynamique. "Allez, toi Eaton, par exemple, tu débarques… etc." ; et il m’avait posé une question, technique à ses yeux, à l’ambiguïté bien trop tentante aux miens. J’aurais du répondre quelque chose comme facteur d’endettement, ou acid test, que sais-je. J’avais simplement répondu : "Lady R.". Elle avait un peu rougi, puis cet échange de regards entre nous, comme une complicité… Sartre appelait de tels moments des moments parfaits… Merci Roger.

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